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« Je ne choisis pas mes sujets, ils me choisissent, les livres viennent me demander à être écrits. »

Deux compte-rendus de la rencontre avec la romancière Marie Darrieussecq par les élèves de la classe de terminale L.

En apprendre plus sur le métier d'écrivain

C'est dans le cadre de l’écriture de son nouveau roman que Marie Darrieussecq est venue au Cameroun. En effet, dans son livre, certaines scènes se passeront dans la forêt, et, bien qu’elle ait effectué des recherches, elle tenait à voir de ses propres yeux la forêt primaire afin d’être plus fidèle dans ses descriptions. Durant cet entretien nous avons eu l’occasion d’en savoir plus sur le métier d’écrivain.

En tant qu’écrivaine, Marie Darrieussecq ne se contente pas de raconter des histoires dans ses livres. Cela ne la satisfait pas, elle s’attarde énormément sur les mots et la formation des phrases, car, pour elle, écrire c’est comme aller à la recherche de la vérité, d’où son voyage à Yaoundé. Elle raconte une anecdote pour illustrer cela. Elle voulait écrire une scène sur des lucioles, mais jusqu’à ce qu’elle soit allée dans la forêt, elle ne savait pas que les lucioles clignotaient. Le fait d’avoir vécu ça va lui apporter des images et des métaphores pour écrire. 
L’écrivain dit avoir développé ses propres techniques d’écriture avec le temps. Elle ne fait pas de plan, car elle dit « écrire le livre qu’elle ne sait pas écrire ». Alors faire un plan et savoir d’avance ce que va contenir le livre l’ennuierait complètement. Ainsi, même si l’écrivain est débordante d’une imagination qu’il faut qu’elle canalise parfois, le temps de l’écriture d’un livre est long : premier jet en cinq mois et relecture en trois mois. Elle dit faire partie d’une catégorie d’écrivain : ce qu’elle appelle le « club Stendhal ». Elle explique que Stendhal a écrit La Chartreuse de Parme en 53 jours. Marie Darrieussecq s’inscrit tout à fait dans ce club.

Parlant des sujets de ses œuvres, l’écrivain dit ceci : « Je ne choisis pas mes sujets, ils me choisissent, les livres viennent me demander à être écrits. » Ainsi Marie Darrieussecq sait toujours quoi écrire et n’a jamais eu le problème de la « page blanche ».

Les premières lignes sont très importantes pour elle. Elle reconnaît la première phrase de ses livres après de longs moments de réflexion. « La première ligne est la clé qui tourne le moteur du livre », dit-elle. De même, pour la dernière ligne. 
Beaucoup d’écrivains l’inspirent, mais l’exemple donné est celui de Marguerite Duras, dont elle cite une phrase qu’elle a reprise dans son nouveau roman. Ainsi « Il faut beaucoup aimer les hommes », phrase de Marguerite Duras, sera le titre de son nouveau roman. 
À la question « Quel roman préférez-vous entre ceux que vous avez écrits ? », elle répond Tom est mort.

Marie Darrieussecq écrit pour être lue ; si elle se dégage complètement de la question de la vente, elle veut par-dessus tout être lue. Elle conseille à tous ceux qui aiment écrire de croire en ce qu’ils écrivent. Pour elle la littérature doit proposer de nouvelles phrases et se détacher de tous les stéréotypes.

Une rencontre enrichissante

La rencontre avec Marie Darrieussecq m’a apporté beaucoup d’informations sur le travail de l’écrivain et sur l’écriture elle-même.

Nous avons ainsi appris qu’au-delà de l’imagination, l’écrivain a souvent besoin de se rapprocher de la réalité des faits pour écrire un roman. Les écrivains écrivent beaucoup d’après leurs impressions. Marie Darrieussecq écrit souvent sur ce qu’elle ressent lorsqu’elle se trouve dans différents lieux.

Selon elle, écrire est un acte poétique, et la littérature n’a pas tous les droits, comme on le croit la plupart du temps. Pour elle, il ne faut pas blesser quand on écrit, il faut avoir beaucoup de tact. Mais tous les écrivains qui respectent cette règle ; certains sont indifférents et se moquent de blesser.

Selon Marie Darrieussecq, ce n’est plus l’histoire qui compte, car tous les thèmes ont été abordés, toutes les histoires ont été racontées. Mais c’est la manière dont on raconte l’histoire qui est importante et qui fait la différence : un bon écrivain est quelqu’un qui a l’ambition de raconter une histoire d’une façon nouvelle. Il doit essayer d’aller contre les clichés. 
Quand elle écrit, elle n’utilise pas de plan, car c’est ennuyeux pour elle de savoir déjà à l’avance ce qu’elle va écrire. Elle écrit « le livre qu’elle ne sait pas écrire ». Mais comme elle n’a pas de plan, elle écrit selon un flux d’écriture, qui suit l’ordre des romans, du début à la fin. Le livre est un corps organique ou un arbre qu’on plante, puis dont les racines, le tronc et enfin les branches et feuilles poussent.

Marie Darrieussecq nous explique en effet que pour elle il y a deux types de romanciers, ceux qui ne font pas de plan, elle les appelle « le club de Stendhal », d’après Stendhal qui a écrit un roman de plusieurs centaines de pages en 53 jours, La Chartreuse de Parme. C’est un écrivain qui écrit au fil de la plume. Il y a de l’autre côté ceux qui font un plan avant d’écrire ; ils font partie du « club Pérec », d’après l’auteur de La Vie mode d’emploi, une œuvre très structurée, comme un puzzle, dont on retrouve les pièces durant l’histoire. Il a aussi écrit un hommage à Stendhal, admirant chez lui ce que justement, il ne sait pas faire lui-même.

Marie Darrieussecq écrit selon ses idées et s’inspire beaucoup de ce qu’elle a vécu. Elle met inconsciemment dans chacun de ses romans un peu d’elle-même. À travers ses personnages, elle faire revivre des évènements de sa vie, de ce qu’elle était adolescente par exemple. Elle s’invente plusieurs vies.

Elle a une forme de mélancolie à la fin de chaque roman lorsqu’elle doit quitter les personnages du roman auxquels elle s’est beaucoup attachée. Il lui est d’ailleurs arrivé de réutiliser le personnage de Solange qui est apparu dans Clèves et va être dans son prochain roman sur lequel elle travaille.

Elle nous a aussi parlé de l’importance de la première phrase dans un roman. Quand la première phrase d’un roman qu’elle est en train d’écrire lui vient à l’esprit, elle la reconnaît tout de suite. La première phrase contient tout le livre, c’est dans celle-ci qu’elle prend toutes les décisions déterminantes pour la suite sur ce que sera la focalisation, le temps, le niveau de langue... La première phrase est la clé qui fait tourner le moteur du livre. De même, elle reconnaît la dernière phrase quand elle arrive ; celle-ci fait un effet de chute.

Dans son métier de romancière, Marie Darrieussecq n’a pas vraiment rencontré d’obstacle, mais elle reconnaît que le travail de l’écriture requiert une vraie discipline. Sa faiblesse, c’est sa peur de blesser les gens qui pourraient se reconnaître dans ce qu’elle écrit, même si elle écrit sur des choses qui viennent d’elle, et de son histoire.

Cette rencontre a vraiment été enrichissante.

Nature activité
Animateurs Pédagogiques
Classes concernées
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